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lundi 17 juillet 2017

C' EST L' ÉTÉ ! DEUX ÉPÉES DE DAMOCLÈS SUR NOS TÊTES !

 TRIBUNE LIBRE !

 

Deux épées de Damoclès suspendues sur nos têtes cet été

Menaces

Deux épées de Damoclès suspendues sur nos têtes cet été

Yves Marie Laulan, Président de l’institut de Géopolitique des Populations ♦
Il fait beau. Les plages sont accueillantes. La montagne nous fait signe. Les Français ne songent qu’à partir en congés. Ils ont raison. Il faut en profiter. Deux phénomènes de natures très différentes, pourraient bien, en effet, venir troubler le ciel serein de nos vacances (1). L’un est l’imminence d’une nouvelle crise économique et financière. L’autre , heureusement beaucoup plus distant, est la menace d’une guerre nucléaire née en Asie, à partir de la Corée du Nord.
Commençons par la première .

Cela fait 7 années que le monde occidental n’a pas connu de crise. Or chacun sait qu’il s’agit d’un cycle périodique qui commence à se manifester dès lors que les crédits atteignent un montant excessif .

C’est bien le cas aujourd’hui. La BRI, la Banque des Règlements internationaux, qui est la gardienne des statistiques monétaires internationales dans le monde, tire la sonnette d’alarme. Elle nous apprend que le total des crédits publics et privés , particuliers et entreprises confondus, (mais sans tenir compte des dettes entre les institutions financières, ce qui aggrave singulièrement la situation ) atteint désormais 235 % du PIB des 44 pays concernés par cette enquête.
Or ce pourcentage était inférieur à 200 % il y a 7 ans lors de l’effondrement de la banque Lehman Brothers en 2008 qui a donné le signal de la dernière  crise financière. Il a fallu trois ans pour s’en sortir et encore.
Depuis cette date, les taux de croissance dans le monde, et notamment dans les pays développés, sont resté languissants et les progrès de productivité tout à fait insuffisants pour accroître l’offre et justifier l’accroissement des crédits. En d’autres termes, ces crédits supplémentaires sont largement à caractère spéculatif et « reposent sur du vent » . C’est exactement le contexte propice au déclenchement d’une crise financière d’une grande ampleur.

Le deuxième péril vient de la Corée du Nord.
Ici, on est dans une impasse totale. Cette bombe à retardement, sans jeu de mots excessifs, a commencé à tictaquer depuis des années depuis la fin de la guerre de Corée en 1948, voici près de 70 ans, et la venue au pouvoir de Kim II-sung le premier de la dynastie dictatoriale des Kim, laquelle en est aujourd’hui à la 3ème génération avec le président actuel Kim Jung-un .
Ce pays en est à son 6ème essai nucléaire. Son président tient le pays (25 millions d’habitants) dans une main de fer appuyée sur une armée très nombreuse (près d’un million de soldats), remarquablement bien entraînée et équipée, et surtout une police d’une redoutable efficacité, à rendre jalouse la Gestapo d’Hitler ou le KGB de Staline . Pas une tête ne bouge, même à l’étranger parmi les expatriés nord coréens qui triment en Russie pour une poignée de roubles.
A quoi s’ajoute la non moins légendaire docilité du peuple coréen habitué depuis toujours à se soumettre sans regimber à toutes les privations que les dirigeants se plaisent à lui infliger. Et à les applaudir sur commande à tout rompre publiquement en toute occasion.
Les présidents américains successifs, Obama compris, ont préféré temporiser, en attendant que le problème se règle de lui-même. Or le malheur veut que ce problème inextricable, loin de se régler, ne cesse de s’aggraver d’année en année. Il n’y a aucune solution en vue.
Les États-Unis, pour se donner du temps et du courage, s’étaient fixés une « ligne rouge » stratégique à ne pas dépasser, à savoir la capacité de la Corée du Nord de fabriquer un missile intercontinental susceptible frapper le territoire américain. C’est peut-être désormais chose faite avec le dernier test réussi de la Corée du Nord le 7 juillet 2017 avec un ICBM capable franchir 933 kms et de s’élever à 2 800 kms d’altitude, donc théoriquement d’atteindre Hawaï dans le Pacifique ou l’Alaska, tous deux territoires américains. Ce n’est pas encore New York ou Washington, mais on n’en est plus très loin. Reste à démêler le faux du vrai . En outre , il y a toujours le problème de la miniaturisation de la tête nucléaire . Mais c’est une simple question de temps.
Que s‘est-il passé ? Rien ! Donald Trump dans un de ces tweets qui l’ont rendu célèbre, avait pourtant déclaré : « It will not happen ». Ce qui veut dire en bon français : «Cela n’arrivera pas» . Et bien, c’est presque arrivé . La baudruche Trump aurait-elle éclaté sans crier gare ou un nouveau Tartarin de Tarascon serait-il né sur les rives du Potomac ? Or il n’y a rien de plus dangereux qu’un dirigeant que l’on prend trop au sérieux, si ce n’est un dirigeant que l’on ne prend plus au sérieux. Car il fait rentrer l’imprévisible dans la problématique stratégique.

Pourquoi la Corée du Nord poursuit-elle avec une belle ténacité cette entreprise titanesque qui épuise sans compter les maigres ressources nationales ?

Il y a sans doute , comme le souligne le président Kim , le souci de se prémunir contre la menace d’invasion des États-Unis . Mais c’est, de toute évidence, une supercherie. Car, si cela avait été le cas, cela ferait longtemps que les marines auraient débarqué à Pyongyang. Depuis 1947, la question est définitivement réglée et la carte de la péninsule coréenne figée. La question n’est plus à l’ordre du jour. Et puis la Chine est là.

La seconde raison est plus probante. C’est une question d’orgueil national. Les Nord Coréens, même s’ils souffrent de l’effroyable régime dictatorial qui leur est imposé depuis plus de 50 ans par l’infernale dynastie Kim sont, au fond , assez fiers de pouvoir défier le géant américain, et cela en toute impunité, sans aucun risque, grâce à la Chine voisine.

Mais la troisième raison est sans doute primordiale . La poursuite de l’effort nucléaire et du programme des missiles, constitue la raison d’être, la justification du maintien au pouvoir de la famille Kim. Les deux sont intimement liés. Tous les sacrifices sont justifiés pour maintenir coûte que coûte le cap . Ce n’est plus un objectif rationnel mais une façon d’être, une manière de vivre, un rituel , presque une religion, qu’il convient de pratiquer sans discontinuer. Le régime est sorti ici depuis longtemps du domaine de la rationalité.
C’est ce qui rend dérisoires, presque ridicules, les efforts diplomatiques, menés en toute bonne foi, visant à dissuader la Corée du Nord de poursuivre son effort d’armement nucléaire et d’amélioration de la portée de leurs missiles. Autant demander à Staline, en son temps, d’entrer dans un monastère (comme Charles Quint) ou à Hitler de présider la Croix Rouge (il n’en a pas eu le temps).
Pour la famille Kim, l’enjeu est vital. Car l’arme atomique et la capacité de l’envoyer élégamment sur le territoire américain , sont une question de survie. Sans cela , le risque de voir ce régime impopulaire s’écrouler promptement deviendrait très probable.

Dans ce jeu infernal, deux gros matous sont en embuscade, figés dans une observation attentive

Le plus gros, et le plus près, est la Chine, anciennement communiste, lancée à la conquête du monde avec pour objectif avoué de dépasser, puis d’humilier le géant américain. Elle n’est pas loin d’y parvenir. Son PNB dépasse désormais celui des États-Unis (enfin, selon certains calculs) et son armement nucléaire (plusieurs centaines de bombes) plus que satisfaisant.
Rien ne manque à sa panoplie ni sous marin à propulsion nucléaire ni bientôt un 2ème porte-avion ( en construction). Il ne lui reste plus que d’aller à son tour dans la lune. Ce qu’elle se propose de faire prochainement.
Son jeu est simple. Il consiste à ne rien faire et à laisser le minuscule roquet nord coréen travailler pour elle en lui offrant néanmoins généreusement la protection de l’ombrelle nucléaire chinoise pour pouvoir travailler commodément à son aise. Non sans une bonne dose d’hypocrisie, les Chinois se donnent les gants de se plaindre de l’indocilité de leur petit protégé sans rien faire de sérieux pour y mettre un terme, importations de charbon coréen comprises. Leurs dirigeants, la larme à l’œil, disent craindre un ébranlement du régime nord coréen et le risque d’un afflux de réfugiés en Chine. Les infortunés. Voir la Chine de 1,3 milliards d’habitants submergée par une poignée de refugiés coréens est , en effet, une menace insupportable à envisager.
Les Américains sont réduits à l’impuissance. C’est Gulliver enchaîné. Car ils redoutent évidemment, en s’attaquant à la Corée du Nord pour lui régler son compte, de déclencher un effroyable conflit avec la Chine. Ils en sortiraient probablement vainqueurs, mais blessés à mort, leur population décimée et leur territoire , en grande partie, ravagé. Et que deviendra alors l’Obamacare ?
Car il faut savoir que contre l’arme atomique il n’y a que deux ripostes ou plus précisément deux protections possibles : un espace immense et une population énorme. Les États- Unis possèdent les deux, mais en partie seulement. Ils restent excessivement vulnérables et ils le savent fort bien. La Chine aussi . 
Mais c’est la Russie, le troisième larron qui est le mieux placé dans ce jeu infernal du « qui perd gagne », la Russie qui attend paisiblement que la Corée du Nord, épaulée par la Chine, fasse éventuellement la sale besogne pour elle, à savoir détrôner enfin leur rival de toujours, la détestable Amérique.
Comment sortir de cette infernale impasse stratégique, ce jeu d’enfer, où les uns et les autres jouent les apprentis sorciers au risque de voir les feux d’artifice leur sauter inopinément au visage ? Car les USA sont clairement pris au piège . Ils ne peuvent ni avancer ni reculer, coincés qu’ils sont entre deux situations hautement indésirables et périlleuses . Pour l’instant, on ne voit pas de solution à l’horizon, si ce n’est le déclenchement volontaire ou accidentel de l’holocauste nucléaire, ce dont personne ne veut, sauf, peut-être, aveuglément, le nabot nord coréen, enragé et inconscient.

Comment tout cela va-t-il finir ?

Nul ne sait. La disparition de l’odieuse famille Kim ne changerait probablement pas la donne, d’autres dirigeants nord coréens venant simplement se substituer à la dynastie actuelle .
Le temps peut-il arranger les choses ? On ne voit pas vraiment comment, le temps donnant simplement à la Corée le loisir de mieux perfectionner la miniaturisation de la bombe atomique destinée à être placée sur le nez du missile désormais au point.
La situation actuelle n’est pas sans évoquer celle qui a prévalu à la veille de l’attentat de Sarajevo, à la veille de la deuxième guerre mondiale quand les quatre grandes puissances européennes, France, Allemagne, Grande Bretagne et Russie se regardaient dans le blanc des yeux , le doigt sur la détente. On connait la suite.
Alors reculer pour mieux sauter ? Telle semble être désormais la seule option laissée aux États-Unis, faute d’avoir su affronter ce péril tant qu’il en était encore temps. Il est maintenant trop tard. « La Fête peut commencer ».
  1. La grande historienne britannique Barbara Tuchman a écrit un splendide ouvrage intitulé «  The guns of August »  pour décrire la marche implacable de l’Europe vers la première guerre mondiale.
Illustration : Corée du Nord et dettes des États , 2 menaces pour notre monde.
 
https://metamag.fr/2017/07/15/