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vendredi 10 février 2017

SURVEILLANCE DES DONNÉES ET DU NUMÉRIQUE ???

Surveillance des données et du numérique. Surveiller trop tuerait-il l’information ?

 

Par Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

La communauté du renseignement à l’ère d’Internet et des I-Phone ne serait-elle pas devenue dysfonctionnelle en voulant tout simplement voir trop grand et tout écouter et en recueillant en réalité trop d’informations ?

La question vient d’être posée aux États-Unis où le procureur général qui vient d’être désigné Jeff Sessions devrait mettre fin aux invasions gouvernementales de la vie privée qui affaiblissent plutôt qu’elles ne renforcent la sécurité nationale et l’application efficace de la loi anti-terroriste. 

C’est apparemment un revirement politique de la part de Donald Trump par rapport à l’administration Obama.

Jeff Sessions soutient le principe de la confidentialité de l’email afin de les protéger d’une lecture sans mandat de recherche et qui ne serait basée que sur la suspicion. 
En fait, la généralisation du contrôle des mails ou des communications par portable a tellement été systématisée qu’elle nuit aujourd’hui à la vraie détection des terroristes ou des autres criminels.

La société de contrôle ne contrôle rien par l’écoute « Big Brother »

C’est plutôt rassurant. De fait, la National Security Agency (NSA) utilise des dizaines de milliers d’employés à nous écouter ou à nous lire mais ils recueillent indifféremment des volumes tellement incalculables de données électroniques (celles par exemple que je compose et que vous lisez actuellement) qu’ils sont finalement incapables de la traiter en renseignement utile.

big-brother-cameras 

Si toutes les données sont suspectes, à la fin aucune donnée ne l’est véritablement. Ainsi, la NSA n’aurait aidé qu’à la marge seulement les initiatives récentes couronnées de succès pour contrecarrer le terrorisme international. 

Par exemple, la NSA n’avait pas réussi à identifier l’un des pirates de l’air du 11 septembre à San Diego, Khalid al-Mihdar, parce qu’elle avait été tout simplement assaillie d’une avalanche d’interceptions électroniques qui se sont avérées finalement inutiles.


Plus tard, la Russie avait informé la CIA et le FBI que Tamerian Tsarnaev, l’un des poseurs de bombes du marathon de Boston, et sa famille étaient des «adhérents à l’islam radical » des années avant son passage à l’acte terroriste. Les fonctionnaires fédéraux avaient alors mené un entretien rapide avec Tsarnaev, mais trop distraits par d’autres données inutiles recueillies, ils n’avaient pas soupçonné Tsarnaev. 

Le FBI avait alors admis que sa stratégie de renseignement était une « énorme » erreur.
Omar Mateen, qui a tué 53 personnes dans un bar gay d’Orlando, avait déjà été interrogé deux fois après que des membres de sa mosquée aient informé le FBI qu’il s’était radicalisé.

 Sans réaction. 

Les agents sont tellement occupés à surveiller les communications de tout le monde qu’ils en ont oublié l’essentiel, le renseignement classique. 

Rappelons qu’en France, Nicolas Sarkozy a dissous les RG. 

Or le renseignement exige d’être sur le terrain, d’affiner l’analyse de visu, de vérifier les choses sur place. Intercepter les communications électroniques pour le bien de l’écoute généralisée est en fait une erreur.

Après confirmation, Jeff Sessions devrait donc appuyer l’adoption de la loi américaine sur la protection des renseignements et des emails déposée en janvier dernier par le Républicain, Kevin Yoder du Kansas et le démocrate Jared Polis du Colorado. Il faudra dorénavant aux États-Unis des mandats de perquisition pour  que le gouvernement accède à toutes les communications stockées sur notre portable ou notre ordinateur.

 Cette décision rejoint le ton libertarien du gouvernement de Trump souvent occulté en France et qui refuse de transiger quoi que ce soit sur le premier amendement américain et le port d’armes.

Dans notre univers français phobique de l’état d’urgence permanent, ce rappel américain de la liberté constitutionnelle d’expression sur le net contre tout droit d’entrave ou de surveillance généralisée des opinions ou des conversations devrait être posée comme une règle citoyenne et l’exception de la mise sur écoute d’autrui devrait devenir un principe obéissant d’abord et avant tout à l’exigence d’un seuil de dangerosité parfaitement défini.


En tout cas, aucun candidat présidentiel français ne semble se préoccuper de l’encadrement de la surveillance numérique, ni d’ailleurs du numérique tout court.

Source et Publication:  http://metamag.fr/2017/02/09/