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jeudi 16 février 2017

RENNES " JEUNES " ET GAUCHISTES EN CONVERGENCE ???

Rennes. Gauchistes et « jeunes des quartiers » : l’impossible convergence

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16/02/2017 – 07H00 Rennes (Breizh-info.com) – 

Difficile de se dégager d’une certaine impression de désordre quand on va voir une AG étudiante. Ou plutôt quand on « va en AG », comme disent les habitués.  

Début avec un quart d’heure de retard, discussions qui traînent en longueur sur des textes et manquent de concret – un comble pour des partisans de l’action directe – et autres communiqués qui n’ont de précis, au mieux, que les jours et heures pendant lesquels les centre-villes seront à nouveau perturbés par la « Révolution en marche », bienvenue dans la révolution étudiante.

En revanche, celles de Rennes 2 – dans le hall du bâtiment L sont bien pratiques, car on peut se percher aux balcons des étages, comme au théâtre, pour suivre le spectacle. 

Un journaliste de Breizh-info s’y est invité.

Commencée avec un quart d’heure de retard, l’AG débute par le compte-rendu – version gauchiste – des journées précédentes de mobilisation à Rennes. 
 Ce n’est pas ce qui manque : course nocturne, émeutes, et même – vu que les prétextes commencent à manquer – une manifestation « pour le droit de manifester » !

« La convergence entre les quartiers et les gauchistes n’existe que dans la tête des babtous de la fac ! »

Vient ensuite le hit du moment, l’affaire Théo et les émeutes qu’elle génère en Seine-saint-Denis. 

L’ultra-gauche parle de la présence de la police pour tenter de rétablir l’ordre – il y a des émeutes depuis 10 jours toutes les nuits en Seine-saint-Denis, 245 personnes ont été interpellées – comme d’une «occupation militaire ». 
L’on dénonce les tirs à balle réelle qu’auraient fait les policiers, en sommation, à Aulnay dans la nuit du 6 au 7 février.

L’information, reprise par certains grands médias qui n’ont guère pris le temps de la vérifier, comme souvent, émane pourtant de Taranis News, média qui ne cache pas sa proximité avec l’ultra-gauche et n’est guère connu pour défendre la police. 

Son fondateur, Gaspard Glanz, est d’ailleurs placé sous contrôle judiciaire et est fiché S « comme individu susceptible de se livrer à des actions violentes ». 
Ce n’est donc pas vraiment une source objective, en ce qui concerne la police et la couverture desdites émeutes.


Certains affirment que les policiers paradent avc un HK G36 à la main, un activiste autonome prend la parole pour dénoncer « une nouvelle ère de l’État policier. D’abord on essaie dans les marges, les espaces précarisés, et après ça va devenir normal de patrouiller avec un fusil d’assaut à la main, de tirer dans la foule. Le maintien de l’ordre, ça va être ça ».

 A Rennes, beaucoup au sein de l’AG rêvent que les « quartiers » rejoignent leur lutte, et certains proposent d’aller tracter voire manifester dans les quartiers dits sensibles. 
D’autant plus que François Hollande vient à Rennes jeudi, et qu’il passera à Maurepas, autre cité de la ville.


Mais voilà – bien que l’université soit collée au quartier sensible de Villejean, il n’y a aucun contact entre les « révolutionnaires » de la fac, qu’ils soient ou non étudiants, et le quartier sensible lui-même. Ni aucun autre. 
D’ailleurs un étudiant prend la parole « aller tracter dans les quartiers, d’expérience, ce n’est pas une bonne idée, ça a déjà été fait ». 
Un autre renchérira vers la fin de l’AG : « les grands discours, l’éducation populaire, la révolution, ils n’en ont rien à foutre en fait ». De quoi désespérer…


Du reste, au sein de l’AG, qui se tient dans le grand hall et réunit 200 personnes – y compris ceux et celles qui mangent assis sur les marches, ou les agents de sécurité de la fac qui écoutent – il n’y a quasiment que des blancs, et les représentants des minorités se comptent sur le doigt d’une main. 

Et ces blancs sont visiblement bien sapés, souvent issus de la petite bourgeoisie de Rennes et ses alentours. 

Le cœur activiste est constitué d’une vingtaine d’étudiants. 
Celui qui dirige les débats, ordinateur portable en main puisqu’il fait aussi office de secrétaire, ne se cache pas d’être « trans », ce qui est son droit le plus strict. 

A Rennes II, il existe une association – enfin plutôt un groupuscule – qui réunit les étudiants « trans », qui sont une poignée. Pas spécialement les valeurs défendues dans les « quartiers », notamment au sein de la jeunesse.

Après l’AG, nous sommes passés à Villejean demander aux habitants ce qu’ils pensaient d’une possible convergence entre la faculté et les quartiers sensibles. «Récupérer l’affaire Théo c’est inadmissible, ce n’est pas leur affaire ! », nous confie Hicham, qui zone près de l’entrée d’un immeuble avec ses copains. « Ils parlent de convergence des luttes ? 
Mais la convergence entre les quartiers et les gauchistes n’existe que dans la tête des babtous de la fac ! », renchérit un autre jeune. 
« Alors comme ça, on va avoir des fiottes qui vont venir tracter chez nous ? Ça va être drôle ! 
 C’est super de voir des bourges avec 500 euros de sape sur eux et un Iphone parler de lutte des classes ! », ajoute un troisième jeune.    Impitoyable.

 Pour Mohammed, « ah non, ils ne sont pas les bienvenus ici. Ils sont déjà venus manifester une fois, et on s’est ramassés les CRS pendant deux jours après. Pas bon pour le commerce… ». 

Les étudiants gauchistes aideraient les policiers à rétablir l’ordre dans les cités ? Un scoop.

Trois manifestations encore prévues à Rennes cette semaine

Une fois évacuée la question des quartiers – au grand soulagement de quelques autonomes en sarouels, qui rigolent fort peu discrètement – arrive celle des manifestations.

 Deux thèses s’affrontent – appeler à une seule manifestation le samedi le temps de « construire » un mouvement, option choisie à Nantes par les gauchistes locaux qui ne font rien jusqu’aux manifestations anti-FN du 25 février (15 heures, croisée des trams) et du 26 (blocage du périphérique autour du Zénith), ou en faire régulièrement dans l’espoir de « harceler et de diviser » les forces de l’ordre, qui se voient obligées de maintenir l’ordre à la fois à Nantes, Rennes et Brest avec des effectifs difficilement extensibles. « Plus il y a de police ici pour maintenir l’ordre et moins y en a en banlieue », résume un intervenant.


A cela s’ajoute le déplacement breton de Hollande dont à l’heure de l’AG, lundi, rien n’a filtré sinon le fait qu’il passera à Maurepas, et qu’il va à Brest le même jour. 

Certains appellent à le perturber, voire à se coordonner avec les « camarades de Brest, car là bas on sait où il va, il va inaugurer la médiathèque des Capucins ». 

Cependant à Rennes, les effectifs étudiants ne sont pas extensibles, ce sont toujours les 100-150 mêmes qui se retrouvent de manif en manif, et ils commencent aussi à fatiguer. 
Même s’ils dorment le jour, comme le rappelle un jeune, qui s’oppose à un tractage dans les quartiers sensibles vers midi, car « à cette heure ci, tout le monde travaille ou dort ».

C’est la seconde thèse qui l’emporte, avec comme résultat trois manifestations. 

Une le mercredi 15 à 17 h dans la rue Lebastard, entre la mairie et la place Sainte-Anne – il s’agit de grenouiller dans le centre et de tracter pour la manif de samedi – un tractage à 10h30 au centre commercial du Gast à Maurepas le jeudi, pour marquer le coup, et une manifestation le samedi 15h place de la Mairie. 

Les trois événements sont sauvages, car s’ils sont déclarés, les chances qu’ils soient interdits sont grandes.
 Une fois ces points votés, l’AG est levée – il est presque 14 heures – et un comité restreint s’installe dans une salle du bâtiment B pour définir les parcours, la banderole et le communiqué officiel.

Deux échéances à terme : l’élection présidentielle et le 19 mars

Toute cette activité, à Rennes et ailleurs, a pour objectif de construire un grand mouvement centré sur deux dates. 
Le 19 mars – jour où tout le ban et l’arrière-ban des associations communautaristes, anti-racistes, gauchistes, syndicalistes, anarchistes, appelle à une marche « pour la Justice et la dignité » contre les soi-disant « violences policières ». 

De quoi susciter l’ironie d’un policier rennais : « ils veulent recruter en masse dans les quartiers pour leur grosse manif. 
 Comme ça les Parisiens auront une éclatante démonstration de ce que sont les violences anti-policières. 
Et les autres cadeaux : casse, blocages, vols à l’arraché, etc. en marge de la manifestation ».


Et l’élection présidentielle, que l’ultra-gauche aimerait perturber, pour éviter que Marine le Pen arrive au second tour, mais pas seulement. 
Macron, Hamon, ou Fillon suscitent aussi leur ire.
 Un appel à bloquer lycées et facultés les 20 et 21 avril circule déjà. 

D’autres actions se préparent déjà. 

La France apaisée ? Assurément, ce n’est pas pour demain…

Louis Moulin


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