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dimanche 12 février 2017

SUCCÉS DES MÉDIAS ALTERNATIFS !



 

 

Journaux : la grande peur des bien-pensants


11/02/2017 – 08H00 Nantes (Breizh-info.com) – 

Le 8 février le forum de « questions publiques » ( Nantes Métropole en partenariat avec la revue Place publique) organisait au Centre de communication de l’ouest  une conférence sur la profession de journaliste avec comme  invité Eric Chol, directeur de la rédaction de Courrier international.  

Celui-ci devait répondre à une triple interrogation : « indépendance ou conformisme ? Liberté ou suivisme ? Où en sont les journalistes ? ».
 Le profil d Eric Chol – qui intervient régulièrement sur BFM TV et France Culture et  préside  Reporters sans frontières -répondait déjà partiellement à la question.

Intervenant  devant une salle assez dégarnie, Eric Chol a commenté en premier lieu le classement établi par Reporters sans frontières sur la liberté de la presse dans le monde. 

La France y est au 49ème rang sur 180. Pour lui, cela tient avant tout au « rétrécissement du pluralisme » qui serait dû à «l’évolution capitalistique»  du monde des médias. Le conférencier cite  en exemple  le groupe LVMH propriétaire des Échos , ou celui de Patrick Drahi qui possède entre autres L’Express et Libération. 

 Mais le fait que Courrier international appartienne au même groupe que Le Monde  avec L’Obs, Télérama, La Vie … contrôlé par le trio de milliardaires Bergé, Pigasse et Niel  ne semble pas l’inquiéter outre mesure, ce qui n’est pas le cas de Vincent Bolloré qui, selon Chol,  multiplierait les pressions sur les rédactions des médias qu’il détient.


La chute des ventes  de la presse papier est due, selon Eric Chol, à « la révolution numérique qui impacte tout », à l’écroulement des recettes publicitaires (15 à 20 % par an) qui amène l’augmentation du prix de vente des journaux et enfin à la disparition des kiosques. Ce sont  les news magazines qui souffrent le plus.  

On préfère désormais s’informer gratuitement sur internet et il y a  un fossé générationnel : les 18/35 ans s’informent sur internet par Facebook et Google – « ils n’achètent plus le journal et ne regardent plus la télé ».

Eric Chol est bien conscient que les journalistes doivent « s’adapter en permanence  au nouvel environnement technologique », ajoutant «on n’a pas le choix». 

 Il est conscient également que les lecteurs français  n’ont plus confiance dans les journalistes – selon lui à hauteur de 63 %.  
Ce qui lui fait lâcher cette réflexion : « on mérite mieux ». 

Pour autant il ne remet pas en cause le contenu des messages diffusés par les journaux et il déplore que « les réseaux sociaux viennent contrôler ce qu’on raconte ».
 Il en arrive presque à faire le procès de l’opinion publique trop sensible au « medias bashing », au complotisme et « au grand n’importe quoi répandu par Google ».


Que faire ?
Pour Chol, il faut « des marques d’info », et surtout « faire comprendre aux lecteurs ce qu’est l’info » pour retrouver des liens de confiance avec eux.
 Il ajoute : « tout le monde ne peut pas être journaliste ( … ) et être objectif, cela ne veut rien dire. 
Il faut donner des critères de lecture en permanence à nos lecteurs »(sic). Sinon qu’arrive-t-il selon lui : Trump «celui  qui nous amène dans Orwell avec son équipe de communiquants ».

Regrettant qu’en France on mélange infos et commentaires – comme dans l’affaire Fillon – le patron de Reporters sans frontières donne un conseil : « restons dans nos métiers ». 

Il cite en exemple le journal Le Monde avec ses « 300 à 400 travailleurs de fond ».  Il s’interroge aussi : « comment relever la tête ? », en visant avant tout « la jeune génération  trop encline à tout gober sans regard critique » comme les rumeurs sur Macron. 

Le remède : « faire de la pédagogie, multiplier les interventions auprès du public scolaire » précisant : « c’est à nous de dire aux jeunes ce qu’est l’info ». 15 jours avant, à Nantes, le patron de SOS racisme Dominique Sopo, tenait exactement les mêmes propos.

Eric Chol est bien conscient que « si on ne s’adapte pas, on va crever ». Pour lui,  le sujet de fond c’est « la fabrique de la désinformation qui brouille tout sur les réseaux sociaux ». 

 Il cite en contre exemple le succès de son journal Courrier international  qui « vend désormais plus que  L’Express » et compte  20 000 abonnés à son édition numérique ainsi que  la crédibilité retrouvée de Reporters sans frontières depuis le départ de Robert Ménard, «ce personnage qui a dérivé dans un sens qui ne fait pas honneur à ce qui a été RSF ».

Le débat avec la salle a permis à Eric Chol de préciser sa pensée. Il a un « grand modèle » : le New York Times. Interrogé sur les subventions gouvernementales  à la presse, il aura une réponse lapidaire « joker ! » avant de se reprendre : « Euh, je pense qu’on en profite ». 
Et d’ajouter : « si on coupe tout, c’est la vérité des ventes, c’est un ballon d’oxygène qui permet  à des canards boiteux de se maintenir ».


Dans 1984 Georges Orwell écrivait : «Il y avait la vérité, il y avait le mensonge, et si l’on s’accrochait à la vérité contre le monde entier, on n’était pas fou ». 

C’est précisément ce que démontrent tous les jours les médias alternatifs.


François Cravic
 Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine


ET AUSSI



Decodex Le Monde financé par Google, l’effet boomerang

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12/02/2017 – 08h00 Paris (Breizh-info.com via OJIM) – Boomerang : « acte d’hostilité qui se retourne contre son auteur » (Nouveau Petit Robert, édition 1993). « Prends garde de cracher contre le vent » : proverbe navajo.


Connaissez vous le Fonds pour l’Innovation Numérique de la Presse, le FINP ? Non ? C’est pourtant le fonds Google pour la France distribuant la manne à la « bonne presse ». 

Si vous allez sur le site de cette discrète association loi de 1901, vous saurez … et bien presque rien. 

Ni les rapports d’activité (le dernier remonte à 2013) ni à qui a été distribué la manne, ni qui sont les membres du conseil d’administration, tout au plus aurez vous le nom d’un obscur président. 

Début février 2017 la dernière actualité postée remonte à juillet 2015. On a connu Google plus réactif.


A moins que… A moins que ni Google ni les heureux bénéficiaires ne souhaitent trop se vanter des détails de l’aide de la multinationale américaine. 

Tout juste sait-on (mais pas à partir du site) qu’en 2014 le fonds a profité à des « pauvres » : Les Echos comme Le Figaro (2 millions d’euros chacun, Arnault et Dassault remercient), Le Parisien, Rue 89 et quelques autres. Et que sans doute en 2015 et/ou 2016 Le Monde a reçu une partie du trésor comme l’apprend un article du 17 novembre 2016 du quotidien « Le Monde a fait partie des projets soutenus par le FINP et la DNI pour la refonte de ses éditions mobiles, le développement de la vidéo, le lancement de Snapchat Discover, Le Monde Afrique et un futur service de démontage de rumeurs « (c’est nous qui soulignons). 

Un soutien de combien on ne saura pas. Mais alléluia il est né ce petit service de démontage, c’est Decodex.
Decodex ? Non, ce n’est pas un marsupial australien mais un logiciel maison qui classe les sites internet et les médias en général. 

Mais attention pas sur des critères politiques, ouh là non ! sur des critères de FIA-BI-LI-TE de l’information. 

Vous insérez l’URL d’un média papier ou en ligne ou radio ou télévision et miracle une petite lumière s’allume, un peu comme les vierges lumineuses à Lourdes. 

Petite lumière grise : Decodex pas savoir, lui pas dire. Lumière orange : attention ce site peut parfois te donner des informations exactes mais elles peuvent aussi être tronquées ou utiliser des sources non fiables voire militantes, évite mon gars, va plutôt voir ailleurs. 

Lumière rouge : ça mauvais, patron ! ça sentir roussi et effluves diaboliques, toi partir tout de suite sinon toi risquer contamination. Lumière verte, une douce musique t’enveloppe, fauteuils de cuir anglais et vins de qualité, des hôtesses demi nues t’apportent des petits fours, ce site est fiable, suave, il fleure bon l’encens, lui vrai boula matari, toi bien informé, toi heureux.


Quelques exemples ? Voyons un peu… Le Monde, celui qui produit le Decodex (avec l’aimable assistance financière de Google, reposons la question, combien au fait ?) est … est … Vert ! Vous aviez deviné ? Et les Inrockuptibles (propriété du charmant banquier Matthieu Pigasse co-actionnaire du Monde) ? Vert aussi ! Et L’Express, Libération (propriété du très aimable milliardaire Drahi) ? Vert émeraude ! 
Et L’Humanité ? Vert encore ! Vous aurez ensuite le choix (personnel) de nuances de vert, vert pomme, vert prairie, vert galant, vert Islam, vert espoir pour tous nos amis de CNN, du Point (François Pinault, autre ami des arts et des lettres) , Arte, RTL, Europe1, LObs (propriété de Bergé, Niel, Pigasse, actionnaires du Monde, la confraternité n’est pas un vain mot) et pèle mêle le JDD (Lagardère) France Inter (profession sectarisme),France Culture, France2, FR3, FR5, FR293 etc… tous des copains. Surpris ?


Mais continuons et approchons nous du bord du Styx, la couleur orange, un orange un peu sale et sans doute malodorant, celui des classes dangereuses. Vous y trouverez l’Ojim (hourrah !), Breitbart le site américain qui n’a pas été pour rien dans le victoire de Trump, Boulevard Voltaire, François de souche (quatre millions de visiteurs uniques par mois), TVL, Fakir (pauvre François Ruffin son merveilleux film Merci patron ! sur Bernard Arnault ne lui sera pas pardonné), et un paquet de penseurs et de sites en dehors des clous des médias de propagande subventionnés.


Passant, perds ici tout espoir, tu t’approches des fonds de l’enfer, Charon a pris ton obole, tu es dans le rouge, un rouge profond (Profondo rosso cher à Dario Argento pour les cinéphiles).
 Pas le rouge baiser, le rouge vampire. Tu côtoieras un site catholique (non, pas ça, pas ça !) comme le Salon Beige, une fondation conservatrice comme Polemia, un site sioniste et conservateur comme Dreuz Info,et d’autres peut-être pires encore. Fuyons prudemment.


Tout ceci prêterait à rire si cette initiative ne s’inscrivait pas dans un ensemble plus vaste. Avec Facebook qui manifeste des velléités de contrôle de l’information il s’agit d’une tentative d’établissement progressif d’un Ministère de la Vérité où le très petit Samuel Laurent du Monde et père du Decodex ne fait figure que d’officiant de quatrième ordre tout droit sorti de 1984 d’Orwell

Le Decodex n’est qu’un Index, non pas votre doigt mais celui du Concile de Trente (1545) repris par l’Inquisition espagnole quelques années plus tard : ce qu’il ne faut pas lire, ce qu’on ne doit pas lire, ce qui devrait être interdit de lire.

Comme le note Daniel Schneidermann dans Libération

«  …de quel droit, une source d’information vient-elle dire que d’autres sources d’informations concurrentes sont fiables ou non ? Quelle est sa fiabilité ? 

C’est comme si on demandait à la compagnie de taxis G7 de labelliser Uber ou aux agences immobilières de dire si Airbnb est une appli cool. Journal favorable à la mondialisation, le Monde classe en vert les journaux pro-mondialisation et les autres en rouge.

 Le Monde est purement et simplement en conflit d’intérêts. Juge et partie. Mort (provisoire ?) d’une belle idée. »


Résumons : une multinationale américaine finance les programmes d’un journal possédé par des milliardaires et déjà abondamment subventionné. 

Elle le finance pour établir la Pravda, la Vérité avec un grand V à un moment où les médias et les journalistes sont de plus en plus discrédités comme le prouve à l’envie l’enquête annuelle de La Croix http://fr.kantar.com/m%C3%A9dias/digital/2017/barometre-2017-de-la-confiance-des-francais-dans-les-media/ .Quel en sera le résultat ? Le vent des réseaux sociaux se retourne déjà contre l’initiative. Feu vert, méfiance, ce doit être un média de l’oligarchie. Feu orange, à voir. Feu rouge, mérite le détour. De l’art de cracher contre le vent

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Voir l’article de breizh-info.com consacré au Décodex :

Photos : DR [cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine