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vendredi 10 février 2017

ÉCOLOGIE ET CO-VOITURAGE ???

Le covoiturage, une pratique vraiment écologique ?

covoiturage
09/02/2017 – 09h15 Rennes  (Breizh-info.com) – Grâce à internet, la pratique du covoiturage a connu un véritable essor ces dernières années. 

Que ce soit pour des petits trajets domicile-travail ou pour parcourir de plus longues distances, de plus en plus de voyageurs optent pour cette solution qui se veut à la fois économique, conviviale, et écologique. 

S’il ne fait aucun doute qu’il est plus économique de partager une même voiture que de conduire chacun la sienne ou de prendre le train, et qu’il est plus convivial de voyager à plusieurs que tout seul, le côté écologique peut être discutable.

Il paraît pourtant naturel de faire le lien entre des voitures partagées et de moindres émissions de CO2

 Certains chiffres semblent même l’attester : l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) estime que le covoiturage induit une réduction de 12% les émissions de CO2 pour un véhicule type contenant en moyenne 3,5 personnes.

 Pour arriver à ce chiffre, l’ADEME a converti en CO2 les kilomètres économisés par les usagers en leur demandant ce qu’ils auraient fait sans covoiturage.

Or pour les longues distances, si en grande majorité les conducteurs auraient utilisé leur voiture de manière individuelle, une majorité encore plus grande de passagers aurait choisi les transports en commun… qui auront tout de même effectué leur trajet, malgré le covoiturage, ce que ne prend pas en compte le calcul de l’ADEME.

De plus, comme 69% des passagers auraient pris le train, il apparait donc que le covoiturage se pratique en grande partie au détriment du train est pourtant bien moins polluant que la voiture.



Car c’est surtout son aspect économique qui fait son succès par rapport au train, jugé bien trop cher. 

Mais l’effet pervers de ces prix bas est de rendre accessibles financièrement des trajets qu’on n’aurait pas effectués si le covoiturage n’avait pas existé. 21% des conducteurs affirment que sans covoiturage, ils voyageraient moins souvent. Or des déplacements plus nombreux correspondent à davantage d’émissions de CO2

Mais alors, comment faire le bilan écologique du covoiturage ? Suffirait-il de mettre sur la balance d’un côté ces nouveaux trajets et de l’autre ceux que le covoiturage permet réellement d’économiser (notamment les trajets domicile-travail) ? Là encore la chose n’est pas si simple ; c’est une vision bien plus globale et plus complexe du phénomène qu’il faudrait avoir en réalité.

En effet, il faudrait par exemple ajouter au crédit du covoiturage qu’il permet à certains de se passer d’acheter leur propre véhicule, ou en tout cas d’en retarder l’acquisition. Mais il faudrait à l’opposé s’interroger sur ce que font les usagers du covoiturage des économies qu’ils réalisent. 

S’ils décident, par exemple, de dépenser cet argent dans un billet d’avion pour aller visiter une capitale européenne, on pourra difficilement dire qu’ils ont contribué à la préservation de l’environnement.
A mesure que l’on affine l’étude des effets du covoiturage, son aspect écologique se fait de moins en moins évident. 
Ce qui permet de relativiser les chiffres qu’ont pu mettre en avant ses promoteurs, chiffres dont le calcul omet généralement plusieurs facteurs importants et ne prend pas en compte les effets de bord.

Si quelques nuances sont à apporter sur la pratique du covoiturage, il ne s’agit pas non plus de chercher à décrédibiliser cette pratique qui, dans son principe, reste tout à fait louable.


Victor Séchard


Photos : DR [cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine